En 2001, les Pays-Bas ont été le premier pays au monde à légaliser l’euthanasie. Vingt-cinq ans plus tard, la loi n’a que très peu évolué, mais la pratique s’est massifiée et les motifs se sont multipliés.

La Croix est un journal catholique positionné centre-gauche, ainsi son orientation est plutôt contre la nouvelle loi voté à l’AN. Certains articles sont intéressants et poussent la réflexion.

  • Bad
    link
    fedilink
    Français
    arrow-up
    12
    ·
    2 days ago

    Mon père a eu la maladie de Charcot. Je l’ai vu dépérir, se retrouver prisonnier de son corps, incapable de bouger, même plus la force de supplier de mettre fin à ses souffrances. On a du attendre que les soins palliatifs ne fonctionnent plus, il hurlait par les yeux, la seule partie de son corps qui fonctionnait encore parfois. C’est la plus grande horreur que j’ai vue de toute ma vie, et pourtant j’ai malheureusement vu nombre de choses particulièrement horribles.

    Sa femme, ma belle-mère, a vécu 10 ans de dépression suite à ça, et a fini par se suicider d’une façon particulièrement crade après que plusieurs assos de suicide assisté aient rejeté sa demande de l’aider à mettre fin à ses jours. J’ai ramassé les morceaux.

    J’introduis le sujet en parlant de ces horreurs bien choquantes pour que les gens comprennent que je comprends mieux que personne l’importance du droit à mourir. Ce sont deux moments constitutifs de ma vie, d’énormes traumatismes dont je ne me remettrai jamais, qui font que je suis et serai toujours pour le suicide assisté qui aurait pu m’épargner ces horreurs.

    Ça ne m’a pas empêché d’être contre la loi française pour le droit à mourir, dont le but évident était de faire faire des économies à notre système médical en détresse, en l’aidant a se débarrasser des indésirables dont il n’a plus envie de s’occuper. On est en Macronie, ne soyez pas naïfs. Le droit à mourir de certains (privilégiés) est le devoir de mourir d’autres (abandonnés).

    Dupuy & Karsenty, paraphrasant Ivan Ilich, disaient que:

    la médecine devient l’alibi d’une société pathogène

    En fait, ça vaut le coup de mettre en entier le paragraphe d’Ilich qu’ils paraphrasent:

    L’inflation médicale a donc un effet, sinon une fonction : de plus en plus de gens sont convaincus que, s’ils vont mal, c’est qu’ils ont en eux quelque chose de déréglé, et non qu’ils réagissent sainement par un refus d’adaptation à un environnement ou des conditions de vie difficiles, et même parfois inadmissibles.

    Ma conclusion personnelle, malgré le parcours que j’ai eu, via les gens que j’ai écoutés et les livres que j’ai lus, c’est que le droit à mourir est une solution égoïste à un problème collectif. C’est la porte de secours que se mettent en place des gens qui se disent “et si ça m’arrivait?” sans se soucier du fait que cette porte sera exploitée par le système capitaliste qui purge tout ce qu’il touche. No offense à ceux qui la soutiennent inconditionnellement, mais je pense que vous vous êtes faits avoir à l’affect parce que vous regardez trop l’individuel et pas assez le structurel.

    Désolé pour la violence émotionnelle de ce commentaire, mais quand les gens sont hypnotisés par l’affect personnel, la raison ne leur parle plus. Il ne reste plus que l’affect pour parler à l’affect. La violence individuelle d’une demande de remise en question n’est de toute façon rien comparé à la violence structurelle dont il est question ici:

    Cette dernière n’a jamais demandé l’euthanasie mais un psychiatre a abordé le sujet après sa deuxième tentative de suicide, à 24 ans. Cette question – « Avez-vous pensé à l’euthanasie ? » – lui a fait perdre confiance dans le système de santé. « Je ne voulais pas vraiment mourir : je ne voulais plus vivre comme ça », raconte-t-elle trois ans plus tard. « Mon mal-être était réel, mais causé par des circonstances sociales sur lesquelles j’ai fini par agir. »

    Espérons que notre futur soit différent. Si ce n’est pas le cas, j’espère que les gens qui ont lutté pour le droit à mourir seront toujours là, sur Internet et surtout dans les rues et les hôpitaux, pour lutter contre les potentielles (probables) dérives de son utilisation. Ce n’est pas le cas dans les autres pays où il a été implémenté, donc la crainte de l’abandon de la lutte chez nous aussi est très légitime.