Celui qui ne veut pas parler du capitalisme devrait se taire à propos du fascisme. Cet aphorisme du philosophe Max Horkheimer, l'un des fondateurs de l'École de Francfort, nous livre à la fois une vérité fondamentale et un programme de travail. C'est ce programme dont je discute dans cet épisode avec Romaric Godin, journaliste économique à Mediapart, autour de son dernier livre : Le problème à trois corps du capitalisme, publié récemment aux éditions La Découverte. Pour comprendre la montée du néofascisme, compris ici comme un capitalisme d'État d'urgence, il montre qu'il faut le saisir comme l'expression d'une triple crise - économique, écologique et anthropologique - du capitalisme : une tentative de la surmonter mais vouée à l'échec, au sens où elle ne peut entraîner que toujours plus de destruction pour les êtres humains et pour la nature ; toujours plus d'autoritarisme, de guerres, de prédations et d'aliénation. Vaincre le néofascisme suppose donc de sortir du capitalisme, autrement dit de rompre radicalement avec l'organisation capitaliste de la production et de la vie.