Trouvé sur le site du Musée de l’histoire de l’immigration, qui donne le contexte : https://www.histoire-immigration.fr/integration-et-xenophobie/enregistrer-et-identifier-les-etrangers-en-france-1880-1940
Paris 1851, les étrangers résidant dans la ville font la queue devant la Préfecture de Paris (actuel quai des Orfèvres) pour se faire délivrer des permis de résidence instaurés en septembre 1851. Lithographie parue dans L’Illustration le 27 septembre 1851.
On aperçoit en arrière-plan l’ancien pont Saint-Michel. Il semble y avoir beaucoup de monde dessus, je me demande si la queue va jusque là ou si c’est juste le traffic habituel du pont. Le pont actuel a été construit en 1857, seulement six ans après la production de cette image.
À rajouter à la collection des images qui documentent la fabrication du concept de frontières et de résidence fixe.
Aujourd’hui on est convaicu que les frontières sont la norme, qu’elles ont toujours existé, que deux pays ou états nations doivent forcément avoir des façons rigides de contrôler les flux entre eux, mais la réalité c’est que leur mise en place est assez récente pour qu’un de mes arrière grands parents ait été un vagabond, c’est à dire une personne qui se déplace de pays en pays au gré de ses envies sans avoir de papiers, sans difficultés, et sans que ça pose de problème majeur. De même pour deux de mes grands-parents qui ont immigré de l’empire Austro-Hongrois vers la France en traversant plusieurs pays sans avoir à être contrôlés aux frontières, de leur temps il y avait déjà des passeports mais c’était relativement neuf et pas encore universel. C’est pour travailler et obtenir des permis (tels que le permis de résidence) que le passeport puis la carte d’identité devenaient une nécessité à l’époque.
Le nationalisme des frontières est un mouvement à peine plus que centenaire. Il y avait déjà eu une tentative de le mettre en place à l’époque de l’ancien régime, et c’est important de rappeler que la révolution française avait aboli les premiers passeports, avant d’inscrire dans la Déclaration universelle des droits de l’homme que :
Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat.
Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.
Pourtant, quand on écoute les gens parler, même les plus universalistes, on ne dirait pas trop que ça les gêne.
Tout ça pour dire que les frontières, ne vous faites pas avoir, ce n’est pas un élément naturel de l’existence des états mais plutôt une construction sociale relativement récente qui pourrait disparaitre de l’imaginaire collectif tout aussi facilement qu’elle y est apparue. Et avec elles, les permis de résidence et idéaux anti-immigration en tout genre. Ça semble impossible parce qu’on est matrixés, on a leur existence inamovible en tête depuis la naissance, mais un peu d’imagination ne fait pas de mal :)
Les frontières c’est juste des petits points entre deux couleurs (j’ai pas trouvé une autre source pour avoir un extrait, mais c’est pas particulièrement un chant religieux)



