Salut ! Désolé pour ce délai très long, j’avais rédigé une réponse, mais je ne sais pas si c’est que j’ai oublié de la poster ou qu’elle s’est perdue dans les tuyaux, mais a priori elle n’existe pas côté Piefed. En voici donc une 2e ! Pour résumer, je suis un peu pris de court par ton message, qui me rend franchement sceptique tant sur la pertinence des arguments avancés que sur la bonne foi de tes positions.
Propriétaire/libre vs High-tech/low-tech
On est bien d’accord. Simplement, dans le sens que je leur donne, le côté libre/propriétaire est l’aspect théorique/légal (même si ça a évidemment des conséquences pratiques, genre ça encourage grandement le libre à être plus facilement réutilisable), le côté high/low-tech est l’aspect pratique, c’est une nuance subtile mais qui me paraît importante si on discute du sens exact qu’on donne au mot.
Décroissantisme pur et technosolutionnisme
J’ai pas mal de problèmes avec les arguments que tu avances.
Je ne crois pas que tu fasses d’homme de paille en attaquant le Décroissantisme pur, c’est justement ce que j’ai dit. C’est bien ta cible, mais tu concentre ton argumentation sur ce mode de pensée, tout en semblant donner à ton propos une portée qui cible aussi l’Écologisme social (et même l’Écologisme technique a priori ?). Si ça devait être un sophisme, ce serait plutôt celui de la motte castrale : alterner entre la défense de deux positions, l’une facile (critique d’un décroissantisme bas du front), l’autre plus complexe (critique d’un décroissantisme intégré dans une évolution technique).
Ça ignore tout ce qui sort des GES : tous les problèmes liés à la pollution lors de l’extraction des ressources, de l’usage (particules fines, gazs, etc), et de la gestion des déchets. Là où tu avais avant une posture qui me semblait raisonnable (“je me concentre sur les GES parce que c’est le plus gros problème”), tu me semble avancer ici à partir du postulat qu’une fois la question des GES réglée, il n’y aura littéralement aucun autre problème environnemental. C’est en tout cas ce qui me semble nécessaire pour avancer qu’on pourra rouler 10x plus sans poser de problème à la planète. Et du coup je suis clairement pas d’accord : autant supprimer les GES va grandement alléger le coût environnemental de nos vies, autant ça va clairement pas le faire disparaître pour autant.
Ça ignore les mécaniques à l’oeuvre dans les changements de nos habitudes : la décroissance implique des changements dans nos modes de vies, mais ceux-ci ne peuvent pas naître à grande échelle par pure rationnalité, genre tout le monde se rationne par choix et reviendra aux modes de vie précédents ensuite. Ils doivent s’accompagner de changements dans nos objectifs de vies, dans nos grilles de lecture du confort, de la richesse, etc., et j’imagine que c’est ça que tu identifies comme “changement sociétal à long terme”. Mais à mes yeux, ce n’est pas un objectif, juste un outil pour parvenir à un rationnement le plus rapide possible et qui ait une chance d’être bien vécu. Ce qui est nécessaire dans l’usage de cet outil, ce n’est pas d’avoir un changement effectif sur le long terme (aka quand on aura une société à basse émission), c’est d’avoir une vision long terme pour permettre aux gens de se projeter maintenant, ce qui me semble un prérequis à ce que les gens agissent maintenant.
La question du voyage me semble particulièrement mal choisie : déjà, le fait d’ériger les jeunes Erasmus en totem pour défendre les voyages en avions, ça me semble ou absurde ou de mauvaise foi. Ce n’est clairement pas les jeunes étudiant.es qui prennent le plus l’avion, et puis ce sont des trajets peu fréquents, tu les fais une ou deux fois par an, pas plus. Ensuite, c’est quand même bien abusé de défendre l’avion avec ça : c’est absolument pas un mode de transport nécessaire pour les voyages de jeunesse. On l’a pas attendu pour voyager, je veux dire, les jeunes voyagent dans d’autres cultures depuis au moins l’Antiquité. Et en fait, ça révèle une faiblesse totale de l’argument : même en prenant le dernier des primitivistes, pour qui une charette serait déjà trop avancée technologiquement, bah ça n’empêche pas de voyager, c’est genre l’histoire même de l’humanité.
Solutionnisme et décroissantisme
Je suis un peu confus en te lisant. Plusieurs points :
Le scénario Négawatt, je n’en prenais pas la défense. Au contraire, pour moi, c’était plutôt dans mes opposants, je le range dans l’Ecologisme technique, centré sur l’adaptation technologique. Si tu veux le remplacer par un autre scénario, fais toi plaisir, c’est juste le premier sur lequel je suis tombé, il n’a pas de valeur particulière.
A te voir démonter les deux aspects ce scénario, j’ai l’impression de te voir marquer un but contre ton camp. Tu dis d’un côté “les solutions techniques sont incertaines et donc solutionnistes”, de l’autre “les solutions sociales sont incertaines et donc solutionnistes”. Mais les solutions sociales ne sont pas là comme a priori, elles sont un outil qui leur permet de réduire la consommation générale et donc de diminuer les objectifs des solutions techniques. Autrement dit, si même avec des solutions techniques irréalistes, on a besoin d’une réduction de la consommation par des solutions sociales irréalistes, et bien ça voudrait dire que les solutions techniques irréalistes sont largement insuffisantes, et donc à plus forte raison que les solutions techniques réalistes seront complètement à la ramasse.
Ça ignore mon argument précédent sur l’absence d’exemple dans les sciences dures et les sciences sociales. Ne pas avoir d’exemple qui ont marché, c’est un obstacle majeur en science dure, on ne sait juste pas dans quelle direction aller. Pour des problèmes sociaux, on sait quand même où essayer, on ne sait juste pas ce qui sera efficace.
Religion/pensée magique et écologie
Je suis un peu décontenancé par cette théorie, qui me paraît au mieux fantaisiste, surtout pour être appliquée de manière générale au mouvement écolo.
Ça se base sur l’idée que les écolos et la décroissance, c’est un refus du confort, ce qui reste faux. L’objectif, c’est pas de se priver de confort, c’est de retrouver d’autres conforts, qui nécessitent moins de production et d’extraction de ressources. Pointer les défauts de la clim, c’est pas dire “il faut endurer la chaleur”, c’est dire qu’il faut privilégier d’autres modes de lutte contre la chaleur (arbres, maisons passives, contrôle sur nos heures de travail, etc.). Critiquer les avions, c’est pas dire “il ne faut pas voyager”, c’est dire qu’il faut voyager différemment (trains, randonnées, vélo, etc.), et potentiellement mieux. Je viens de taper un aller/retour en voiture, bah ça aurait sans doute été un plus beau voyage en train ou à pied.
Ça permet de complètement passer sous le tapis la responsabilité de l’industrie, des politiques, d’une certaine manière des scientifiques : les gens n’ont pas confiance dans les solutions miracles ? C’est forcément qu’iels sont dans un délire religieux de pénitence. Les mensonges répétés des industriels, les scandales répétés des politiques, les évolutions constantes de la science qui nuancent les connaissances précédentes ? Mais ça n’a strictement rien à voir voyons. C’est les gens qui sont débiles !
Ça insiste sur le fait qu’on a des moyens parfaits de réduiresupprimer les GES, qu’il n’y aura pas d’autres problèmes et que c’est une équation qu’on maîtrise, ce que je conteste toujours vivement (voir la suite).
Les pollutions résiduelles
Ce passage se veut une réponse à l’objection sur la concentration sur les GES comme seule mesure d’impact environnemental, mais je trouve qu’il y répond particulièrement mal (en fait, il écarte juste le problème).
Je pense pas que tu sois biaisé en disant “les GES sont le gros problème”. Je pense par contre que tu fais une forme de contresens dans ton raisonnement, qui me fait penser aux gens qui disent qu’il faut d’abord faire tomber le capitalisme et que les autres oppressions tomberont facilement ensuite. Pour résumer :
Formulation neutre
Technosolutionnisme
Marxisme-léninisme
Il y a un gros problème, massif et centralisé
Les GES
Le capitalisme
Il y a une série d’autres problèmes, plus diffus et diversifiés
Les pollutions
Les oppressions
Ce qui permet de résoudre le premier permettra de résoudre les autres
Résoudre la question des GES permettra de résoudre les pollutions
Résoudre la question du capitalisme permettra de résoudre les autres oppressions
Ça me paraît absurde de soulever leurs différences d’une part, pour dire que ce qui résoud l’un résoud l’autre ensuite.
Il me semble qu’on a une approche fondamentalement différente de la question. Je ne sais pas si c’est que j’ai grandi avec des parents qui bossent sur les questions de biodiversité, mais j’ai grandi entouré de scientifiques qui remettent en permanence en cause les modèles des autres et leurs propres modèles. Iels parviennent à dessiner les grandes lignes, mais ne tiennent jamais aucune connaissance généraliste pour acquise. Je crois en avoir tiré une culture de la nuance, et je suis automatiquement méfiant devant toute affirmation trop généraliste et trop ambitieuse. Réduire drastiquement nos GES et limiter notre pollution ? Certainement. Réduire à zéro nos GES et solutionner suffisamment la pollution pour qu’on puisse multiplier par 10 tous nos usages ? Certainement pas.
A l’inverse, j’ai l’impression que tu as plus une approche d’ingénieur, qui arrondit les variables, simplifie les systèmes, pour arriver à des solutions impeccables, mais ne revient jamais sur ce travail de simplification ensuite. C’est sûr que ça peut permettre de faire des choses vite et bien, mais c’est aussi pour ça que les objets techniques sont souvent moins efficace qu’ils ne nous sont présentées.
Pour être bitchy, je pourrais retourner tes arguments contre toi, et t’expliquer que tu refuses juste tout changement de ta grille de lecture et de ton mode de vie, que tu “rejett[es] véhémentement toute proposition pour atteindre les buts écologiques [mis] en avant, mais qui ne passent pas par la ‘solution’ qu[e tu] souhait[es]”, que tu as remplacé la religion par une foi religieuse en la technologie et son omnipotence salvatrice, dans un mouvement “religieux et de la pensée magique” (si les ingénieurs disent qu’on peut faire ce qu’on veut, alors on peut faire ce qu’on veut). Mais en vrai je pense juste que tu as une attitude de résolution de problème qui en a indentifié un (les GES) comme seul problème à résoudre, et tu écartes tout ce qui pourrait faire dire qu’il n’y a pas de solution idéale à ce problème, ou que le problème n’est pas le seul.
Salut ! Désolé pour ce délai très long, j’avais rédigé une réponse, mais je ne sais pas si c’est que j’ai oublié de la poster ou qu’elle s’est perdue dans les tuyaux, mais a priori elle n’existe pas côté Piefed. En voici donc une 2e ! Pour résumer, je suis un peu pris de court par ton message, qui me rend franchement sceptique tant sur la pertinence des arguments avancés que sur la bonne foi de tes positions.
Propriétaire/libre vs High-tech/low-tech
On est bien d’accord. Simplement, dans le sens que je leur donne, le côté libre/propriétaire est l’aspect théorique/légal (même si ça a évidemment des conséquences pratiques, genre ça encourage grandement le libre à être plus facilement réutilisable), le côté high/low-tech est l’aspect pratique, c’est une nuance subtile mais qui me paraît importante si on discute du sens exact qu’on donne au mot.
Décroissantisme pur et technosolutionnisme
J’ai pas mal de problèmes avec les arguments que tu avances.
Solutionnisme et décroissantisme
Je suis un peu confus en te lisant. Plusieurs points :
Religion/pensée magique et écologie
Je suis un peu décontenancé par cette théorie, qui me paraît au mieux fantaisiste, surtout pour être appliquée de manière générale au mouvement écolo.
réduiresupprimer les GES, qu’il n’y aura pas d’autres problèmes et que c’est une équation qu’on maîtrise, ce que je conteste toujours vivement (voir la suite).Les pollutions résiduelles
Ce passage se veut une réponse à l’objection sur la concentration sur les GES comme seule mesure d’impact environnemental, mais je trouve qu’il y répond particulièrement mal (en fait, il écarte juste le problème).
Je pense pas que tu sois biaisé en disant “les GES sont le gros problème”. Je pense par contre que tu fais une forme de contresens dans ton raisonnement, qui me fait penser aux gens qui disent qu’il faut d’abord faire tomber le capitalisme et que les autres oppressions tomberont facilement ensuite. Pour résumer :
Ça me paraît absurde de soulever leurs différences d’une part, pour dire que ce qui résoud l’un résoud l’autre ensuite.
Il me semble qu’on a une approche fondamentalement différente de la question. Je ne sais pas si c’est que j’ai grandi avec des parents qui bossent sur les questions de biodiversité, mais j’ai grandi entouré de scientifiques qui remettent en permanence en cause les modèles des autres et leurs propres modèles. Iels parviennent à dessiner les grandes lignes, mais ne tiennent jamais aucune connaissance généraliste pour acquise. Je crois en avoir tiré une culture de la nuance, et je suis automatiquement méfiant devant toute affirmation trop généraliste et trop ambitieuse. Réduire drastiquement nos GES et limiter notre pollution ? Certainement. Réduire à zéro nos GES et solutionner suffisamment la pollution pour qu’on puisse multiplier par 10 tous nos usages ? Certainement pas.
A l’inverse, j’ai l’impression que tu as plus une approche d’ingénieur, qui arrondit les variables, simplifie les systèmes, pour arriver à des solutions impeccables, mais ne revient jamais sur ce travail de simplification ensuite. C’est sûr que ça peut permettre de faire des choses vite et bien, mais c’est aussi pour ça que les objets techniques sont souvent moins efficace qu’ils ne nous sont présentées.
Pour être bitchy, je pourrais retourner tes arguments contre toi, et t’expliquer que tu refuses juste tout changement de ta grille de lecture et de ton mode de vie, que tu “rejett[es] véhémentement toute proposition pour atteindre les buts écologiques [mis] en avant, mais qui ne passent pas par la ‘solution’ qu[e tu] souhait[es]”, que tu as remplacé la religion par une foi religieuse en la technologie et son omnipotence salvatrice, dans un mouvement “religieux et de la pensée magique” (si les ingénieurs disent qu’on peut faire ce qu’on veut, alors on peut faire ce qu’on veut). Mais en vrai je pense juste que tu as une attitude de résolution de problème qui en a indentifié un (les GES) comme seul problème à résoudre, et tu écartes tout ce qui pourrait faire dire qu’il n’y a pas de solution idéale à ce problème, ou que le problème n’est pas le seul.