Je réfléchissais à cette idée. L’environnement semble disparu des radars : plus de budget, des partis écolos électoralement anecdotiques, des néo-conservateurs qui font du déni de réchauffement climatique et relancent l’énergie fossile : burn baby, burn !
Je me souviens avoir vu une interview de Gaël Giraud, un économiste un peu médiatique doublé d’un jésuite qui avait commencé sa carrière dans la finance. Il travaille notamment sur des plans de transition vers une économie de décarbonation.
Il expliquait qu’en discutant avec des grands patrons, hauts cadres catholiques sur le sujet, il avait entendu : “de toute façon, même s’il fait trop chaud, nous irons vivre en Suède”. Ses interlocuteurs avaient semble-t-il conscience du danger mais avaient aussi la certitude que eux s’en sortiraient toujours.
Avec ses milliards, Mark Zuckerberg s’est fait construire une bunker de luxe auto-suffisant pour lui et sa famille sur une ile à Hawaï.
Parmi les courriers de Epstein révélés au public, un échange avec Peter Thiel lors du vote du Brexit. Epstein était enthousiaste, selon la discussion qu’ils avaient eu, tout recul de règle et de lien institutionnel entre des états était une opportunité pour eux. Il était plus facile de faire du bénéfice sur le chaos et la misère que de trouver un vrai business innovant et rémunérateur.
Je me demande donc si l’explosion des inégalités, la destruction des institutions sociales et de régulation n’est au final pas motivée par une élite qui a la certitude que la prospérité pour tous, c’est déjà mort.
Puisqu’à l’avenir, il n’y en aura pas pour tout le monde et il est hors de question qu’ils abaissent leur train de vie. Puisqu’il va falloir faire face à des pénuries d’à peu près tout, alors l’idéal d’égalité est un danger pour leur caste.
Peut-être que l’absence du sujet des pénuries et des effets profonds du dérèglement climatique dans les médias est en soi un indice. Ce n’est pas tant qu’il ne faudrait pas faire peur au gens mais que c’est le fond du problème.
Les combats sociaux des derniers siècles se sont portés sur le partage des richesses que le capitalisme a extorquées au monde. Ceux de l’avenir devraient porter sur le partage de la sobriété et des sacrifices nécessaires à la survie de l’espèce.
Ils n’en veulent sans doute pas car il n’existe qu’une seule forme de réussite. Et avec le niveau de subtilité et d’intelligence d’un scénario de Marvel, des catastrophes, des guerres… Voilà une bonne occasion de réduire une population humaine trop nombreuse qui surexploite les ressources dont ils estiment avoir besoin.
Cela correspond bien à cette volonté de produire des populations superflues dont Arendt parle abondamment et qui est propice à l’avènement de la désolation et du totalitarisme.


Théorie très intéressante, et très pertinente ! Je pense que y’aurait moyen de relier tout ça au besoin de chercher de la hiérarchie, des mâles alpha à la progression du fascisme, genre même en dehors des cercles de super-riches, l’idée que ça va être galère à l’avenir, et que plutôt que s’entraider il faut choper la plus grosse part du gâteau possible, ou alors au moins s’assurer une part du gâteau.
Je pense que la réponse à ça c’est pas forcément de jouer sur les sacrifices à faire, mais plutôt les ajustements à avoir et surtout sur les avantages du partage et de la solidarité (communautés plus soudées, plus efficaces, plus adaptables, survie personnelle améliorée, etc.).